La corrélation entre actions et obligations

Par Thomas Giraud

Dans cet article

L’un des principaux phénomènes qu’on a pu observer en 2022, cela a été l’évolution synchrone du S&P 500 et des bons du Trésor américain.

Pendant des décennies, les investisseurs qui achetaient des actions ajoutaient à leur portefeuille des actifs peu ou pas corrélés avec les actions pour se protéger contre le risque d’un sell-off sur le marché des actions. Ils se tournaient souvent vers les obligations au titre de la règle du portefeuille 60 / 40. Mais cette règle suppose une corrélation négative entre actions et obligations. Et cette corrélation semble avoir disparu.

Dans cet article, nous analysons les scénarios dans lesquels cette corrélation est positive et ceux dans lesquels elle est négative. Et nous essayons d’établir la façon dont on peut utiliser cette corrélation dans l’analyse technique. Si vous cherchez un courtier pour trader les actions et les obligations, cliquez ici.

Quelle corrélation entre actions et obligations ?

En général, la hausse des taux d’intérêt nuit aux actions et aux obligations. Inversement, la baisse des taux d’intérêt profite à la fois aux actions et aux obligations. C’est ce qui fait dire à John Murphy, dans son ouvrage intitulé Intermarket Technical Analysis Trading Strategies for the Global Stock, Bond, Commodity, and Currency Markets, qu’il existe une corrélation positive entre les actions et les obligations. Lorsque le marché des obligations connaît une tendance haussière, celui des actions connaît généralement une tendance haussière lui aussi. Et lorsque le marché des obligations connaît une tendance baissière, celui des actions connaît généralement une tendance baissière lui aussi.

S&P 500 vs TLT daily

Depuis début 2022, les actions et les obligations dessinent en effet des graphiques similaires. Sur le graphique journalier ci-dessus, on voit que le S&P 500 a commencé à se redresser en octobre 2022, après un long déclin. De même, TLT, l’ETF qui représente les obligations d’État de long terme, a rebondi fin octobre 2022, après une longue tendance baissière (cf. la courbe rouge).

Cela dit, même dans les périodes où la hausse ou la baisse des taux d’intérêt est le facteur déterminant du prix des actifs, les obligations sont faiblement corrélées avec certaines actions. Il s’agit souvent d’actions très volatiles, qui représentent des entreprises naissantes. Le comportement du cours de ces actions est si erratique qu’on n’observe aucune corrélation entre celles-ci et les obligations. De même, lorsqu’une entreprise est en difficulté, c’est moins l’évolution des taux d’intérêt que celle de la rentabilité de cette entreprise qui affecte le cours de son action. C’est pour cette raison que les actions de ce type d’entreprises présentent une faible corrélation avec les obligations.

Une corrélation plus positive lorsque les banques centrales durcissent leur politique monétaire

À vrai dire, la corrélation entre actions et obligations est changeante. Si on compare sur un même graphique hebdomadaire l’évolution du S&P 500 et celle de TLT, on observe une corrélation négative avant janvier 2022. Ce n’est que, au début de l’année 2022, lorsque les marchés ont commencé à intégrer dans les cours la hausse des taux d’intérêt que la Réserve fédérale s’apprêtait à mener, que la corrélation est devenue plus positive. Lorsque les banques centrales durcissent leur politique monétaire, les actions et les obligations ont tendance à grimper et à décliner de concert. 

S&P 500 vs TLT weekly

On comprend pourquoi les périodes où l’inflation accélère ont tendance à entraîner une corrélation plus positive entre les actions et les obligations. La hausse de l’inflation incite les banques centrales à durcir le ton. Celles-ci relèvent alors les taux d’intérêt et réduisent leurs achats d’actifs destinés à stimuler l’économie. C’est pour cette raison qu’il est important pour les investisseurs de surveiller le rythme de l’inflation. Lorsque le taux de l’inflation augmente ou se maintient à un niveau élevé, les actions et les obligations ont tendance à toutes les deux décliner.

Une corrélation plus négative en période d’aversion pour le risque

Lorsque les actifs risqués sont menacés, les investisseurs ont tendance à se ruer sur les obligations, qu’ils considèrent comme des valeurs refuges. Inversement, ils ont tendance à se détourner des actions, qu’ils considèrent comme des actifs risqués. C’est ce qu’on a pu observer au début de la crise de la Covid-19. En février et mars 2020, les actions américaines ont lourdement chuté. Mais, dans le même temps, les obligations atteignaient de nouveaux sommets (cf. notre cercle rouge sur le graphique ci-dessous). On aurait pu faire les mêmes observations au moment où la guerre en Ukraine a éclaté. On a alors constaté un même mouvement de ruée vers les valeurs refuges, qui s’est opéré au détriment des actions. 

S&P 500 vs TLT et Covid

Cela dit, même en période d’aversion pour le risque, les obligations et les valeurs considérées défensives restent souvent corrélées. Pour protéger leur portefeuille contre un risque de pandémie ou de tensions géopolitiques, les marchés se tournent vers différents types de valeurs sûres, telles que les obligations mais aussi les actions des secteurs défensifs (consommation de base, soins de santé et services d’intérêt public) ou les blue chips.

La corrélation actions-obligations et le cycle économique

Lorsque l’économie entre en récession ou menace d’entrer en récession, on observe une aversion pour le risque plus forte chez les investisseurs. C’est pourquoi les périodes de décroissance ou de croissance ralentie ont tendance à s’accompagner d’une corrélation négative entre actions et obligations. Dans ces périodes, l’inflation ralentit généralement et les banques centrales abaissent les taux d’intérêt. Du coup, c’est l’état de santé de l’économie qui devient le facteur déterminant sur les marchés financiers, non plus la hausse des prix ou la politique monétaire des banquiers centraux. Ces développements ont tendance à favoriser les obligations et à défavoriser les actions. La baisse des taux d’intérêt fait augmenter le prix des obligations. Et la crise économique nuit aux résultats financiers et donc aux actions des entreprises. 

C’est ce qu’on pourrait observer en 2023 et en 2024, même si Blackrock estime que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de corrélation positive entre actions et obligations. 

Analyser les actions en même temps que les obligations

Puisque les actions et les obligations présentent une corrélation tantôt positive, tantôt négative, on a intérêt à les analyser parallèlement. Lorsque la corrélation est positive, la tendance haussière que connaissent les premières permet à l’analyste technique de confirmer la présence d’une tendance haussière chez les secondes. Lorsque la corrélation est négative, la tendance haussière (baissière) que connaissent les premières permet à l’analyste technique de confirmer la présence d’une tendance baissière (haussière) chez les secondes.

Les obligations comme indicateur avancé ? 

Selon John Murphy, Il peut arriver que le marché des actions et celui des obligations n’évoluent pas de manière synchrone. Lorsque l’un a du retard sur l’autre, on peut considérer les changements survenus sur le marché précoce comme des signes avant-coureur de ce qui pourrait arriver sur le marché retardataire. Dans cette perspective, si la corrélation entre actions et obligations est positive, un signal d’achat sur le marché des obligations permet d’anticiper un rallye sur le marché des actions ; un signal de vente sur le marché des obligations permet d’anticiper un déclin sur le marché des actions. Les mouvements observés sur le marché précoce servent alors d’indicateur avancé permettant d’anticiper les mouvements qui s’opèreront bientôt sur le marché retardataire.

John Murphy considère que ce sont souvent les obligations qui devancent les actions. Une hausse des taux rend tout de suite les obligations existantes moins attrayantes parce qu’elles rapportent moins que les nouvelles obligations. En revanche, l’impact d’une hausse des taux d’intérêt sur les bénéfices des entreprises ne se fait pas sentir immédiatement. Ce n’est que plusieurs semaines, voire plusieurs mois, plus tard, lorsque les rapports trimestriels des entreprises sont publiés, que les investisseurs prennent la mesure de cet impact. Les traders avisés peuvent donc se servir de ce décalage entre les deux marchés pour anticiper une hausse (baisse) du marché des actions quand on observe une hausse (baisse) du marché des obligations. Lorsque les taux d’intérêt augmentent et que ces deux marchés sont corrélés, une chute du prix des obligations annoncent souvent une chute du prix des actions, qui intervient lorsque les rapports trimestriels des entreprises montrent une baisse de leurs bénéfices.

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