L’hélicoptère monétaire : le dernier recours ?

L’hélicoptère monétaire, ce type de politique monétaire qui a fait l’objet de controverses par le passé, pourrait bien être le dernier recours pour relancer l’inflation. Le choc économique est tel qu’aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si une politique de monnaie hélicoptère est envisageable mais quand une grande banque centrale décidera de faire le pas. Reste aussi à voir quelle sera la première à le faire. Si d’autres banques centrales devaient faire pareil, nous assisterions dès lors une réorganisation du paysage financier.

En mars dernier, l’administration Trump approuvait un plan s’appuyant sur le principe de la monnaie hélicoptère, attribuant ainsi un chèque de 1.200 $ à presque tous les citoyens américains.

Le présent article aborde les principes du concept de l’hélicoptère monétaire ainsi que les conséquences de telle mesure.

Les sujets abordés dans cet article dédié au concept de monnaie hélicoptère :

Monnaie hélicoptère

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L’hélicoptère monétaire : signification

L’hélicoptère monétaire ou la monnaie hélicoptère est un terme utilisé pour désigner une opération de création monétaire par la banque centrale, sans contrepartie. Cet argent est ensuite directement distribué aux consommateurs et aux entreprises. L’hélicoptère monétaire est peu conventionnel et a été imaginé comme méthode pour lutter contre la déflation.

D’où provient l’idée de monnaie hélicoptère ?

Le terme de monnaie hélicoptère a été introduit par l’économiste américain Milton Friedman et consiste en bref à la création d’argent par les banques centrales qui est ensuite distribué aux entreprises et aux ménages.

Pourquoi envisager l’hélicoptère monétaire ? Lorsque les banques cessent de prêter de l’argent, les entreprises n’investissent plus. Une des conséquences est qu’à terme, l’emploi diminue. Un taux de chômage à la hausse et des salaires moins élevés font diminuer la consommation.

Par le passé, les récessions étaient toujours imputables à un seul facteur en particulier. Soit un choc du côté de l’offre, soit un choc du côté de la demande. Ce qui rend la situation actuelle si unique est que le virus a provoqué un choc des deux côtés. D’une part, nous consommons moins car dans de nombreux pays, la population est placée en quarantaine. La demande du côté des entreprises a fortement diminué à cause du dérèglement de la chaîne d’approvisionnement. L’offre est également touchée à cause de la fermeture obligatoire de certaines entreprises. Les chiffres du taux de chômage aux USA n’ont jamais atteints de tels niveaux. En un seul mois, les chiffres sont passés de 282.000 à 3 millions de chômeurs. En Belgique aussi, la moitié de la population active dépendrait actuellement d’une allocation. La pression sur l’économie est énorme et l’addition risque bien d’être salée.

L’objectif de l’hélicoptère monétaire

Le but ultime de l’hélicoptère monétaire, ou monnaie hélicoptère, est de relancer la croissance économique. Les méthodes les plus conventionnelles utilisées à cet effet sont des mesures fiscales et monétaires.

Les mesures fiscales sont prises par les autorités au pouvoir. Une réduction des impôts et de la pression fiscale font partie des mesures possibles mais celles-ci sont moins prisées car elles se traduisent par une baisse du budget pour le gouvernement au pouvoir.

En ce qui concerne les mesures d’ordre monétaire, il faut se tourner vers les banques centrales. Celles-ci tentent d’encourager la consommation et les investissements en abaissant leurs taux d’intérêts et en ayant recours à l’assouplissement quantitatif. Vu que la plupart des banques centrales sont déjà proches de zéro, la marge dont elles disposent n’est plus suffisante aujourd’hui pour continuer dans cette direction.

C’est pourquoi, des nouvelles mesures non conventionnelles sont étudiées, dont l’hélicoptère monétaire. Selon la théorie de Milton Friedman, une récession est la conséquence d’un manque de liquidités. C’est pourquoi il faut injecter des liquidités dans l’économie en temps de crise en créant artificiellement de la monnaie. Mais le problème est que ces liquidités circulent dans les marchés financiers, qu’elles sont réinvesties au lieu d’être consommées. Pour que ces liquidités soient relayées dans l’économie réelle, la dernière option consiste donc à distribuer directement cet argent directement créé par la banque centrale aux entreprises et aux consommateurs.

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Les points d’interrogation suscités par la monnaie hélicoptère

  1. Quel est le degré d’indépendance d’une banque centrale si elle se met à distribuer de l’argent à tout le monde ? Une des principales caractéristiques d’une banque centrale est justement son indépendance à l’égard de n’importe quelle autorité publique. Les différentes menaces du Président Trump à l’encontre de la FED notamment peuvent susciter des inquiétudes quant à l’indépendance de cette dernière.
  2. À qui cet argent hélicoptère est-il distribué ? Quel en est le montant et quel est l’horizon temporel de la mesure ? Quelle sera la périodicité des paiements ? S’agira-t-il d’un versement en une seule fois ou sera-t-il réitéré ? L’argent est-il destiné aux ménages à plus faibles revenus afin de s’assurer que cet argent soit bel et bien dépensé ? En effet, cette catégorie de la population qui ne parvient pas ou difficilement à joindre les deux bouts ne sera pas encline à mettre cet argent de côté. Au contraire, elle le dépensera.
  3. La banque centrale va-t-elle imposer une limite ? Pensez par exemple à l’éventualité que l’Europe décide de distribuer un chèque à une certaine catégorie de la population pour encourager l’achat de biens et de services étrangers. L’argent sert à stimuler l’économie étrangère.
  4. Que se passe-t-il si les ménages décident de mettre cet argent de côté ? Si l’argent distribué est placé sur des comptes d’épargne, la banque centrale ne sera pas en mesure de le récupérer.
  5. Un risque encore plus important est l’évaluation de la monnaie. Plus il y a d’argent en circulation, plus faible est la valeur de la monnaie par rapport aux économies qui ne distribuent pas d’argent hélicoptère. La conséquence est que les positions concurrentielles des sociétés peuvent être durement secouées.

L’hélicoptère monétaire ou l’assouplissement quantitatif ?

L’assouplissement quantitatif consiste à racheter des obligations d’État et d’entreprise par la banque centrale afin de les pourvoir de liquidité. La Banque centrale du Japon a même été plus loin encore en rachetant des ETFs et de REIT. À cause de la crise liée au coronavirus, la Banque centrale du Japon a doublé son programme de rachat ETF annuel pour atteindre un budget colossal de 112 milliards de dollars. C’est plus que le produits intérieur brut de pays tels que la Slovaquie, le Luxembourg, la Bulgarie ou encore plus d’un cinquième de produit intérieur brut de la Belgique. Cette comparaison vous permet de vous faire une idée des sommes astronomiques que la banque centrale nipponne injecte  dans la bourse.

L’assouplissement quantitatif s’accompagne de taux d’intérêt très faibles. Dans certains pays, le taux d’intérêt est de zéro voire négatif. L’idée est que des taux d’intérêt faibles devraient susciter une croissance de la demande pour le crédit bancaire. Les entreprises pourraient davantage emprunter afin de relancer l’économie. La question qui se pose évidemment est de savoir pourquoi les entreprises emprunteraient-elles si la demande pour leurs produits n’augmente pas. C’est ce cas de figure qui conduit au phénomène de trappe de liquidité. Malgré la disponibilité d’argent bon marché, il n’y a pas de croissance significative du nombre de prêts et l’économie ne cesse de stagner.

En cas d’assouplissement quantitatif, la banque centrale peut, si elle l’estime nécessaire, racheter les obligations qu’elle a achetées. De la sorte, elle récupère le capital investi. Les éventuelles dépréciations sont prises en compte. Dans le cas d’un hélicoptère monétaire, ou monnaie hélicoptère, l’argent n’est pas récupéré. Il s’agit de la plus grande différence entre les deux et c’est ce qui explique pourquoi la banque centrale n’a pas encore franchi le pas vers l’inconnu.

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Chrislain Tshiamanga

Chrislain Tshiamanga

Expert financier

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