Un reset financier ? Le prix du pétrole est passé sous la barre de zéro dollar pour la première fois de l’histoire

Ce a quoi nous avons assisté lundi est tout simplement historique. Le contrat future CL avec échéance en mai a plongé en territoire négatif pour atteindre moins 37 dollars par baril. Comment est-ce possible et comment expliquer ce phénomène ?

Les sujets abordés dans le présent article :

  • Prix du pétrole négatif
  • Conséquence des prix du pétrole au plus bas
  • Quand les cours du pétrole vont-ils se redresser ?
  • Analyse technique prix du pétrole

Prix du pétrole négatif

Vous avez bien lu. Lundi, les investisseurs payaient pour trouver preneur afin de se débarrasser de leur pétrole américain dans un marché saturé. La période que nous traversons est particulière et anxiogène et marquera l’histoire de l’humanité à jamais.

À cause de l’activité économique qui fonctionne au ralenti, les barils de pétrole produits récemment se sont retrouvés dans les stocks qui ont énormément gonflé ces dernières semaines. Résultat ? Les réserves sont presque arrivées à saturation. Il n’y a tout simplement plus de place pour stocker ces barils de pétrole. Aux États-Unis par exemple, au rythme actuel des choses, le niveau d’engorgement absolu devrait être atteint d’ici la mi-mai. Selon les analystes de Bank of America, près de 1,5 milliard de barils sont stockés dans le monde entier.

Si la production de pétrole se poursuit comme d’habitude et que la demande se fait rare, alors théoriquement, les conditions pour obtenir un prix pétrole négatif sont réunies. Ce phénomène s’est bel et bien produit lundi. Il est néanmoins impossible d’affirmer à 100 % que toutes les réserves mondiales sont pleines. Après avoir réduit sa demande à cause du coronavirus, la Chine, grand importateur de pétrole, pourrait bien continuer de stocker du pétrole, à un prix négocié plus bas. Cette supposition a été confirmée par des pays comme le Brésil et le Canada. Selon eux, la Chine était le seul acheteur présent sur le marché bien qu’elle n’ait pas vraiment besoin de ce pétrole.

Quelles sont les références en matière de pétrole ?

Il est important de rappeler qu’il existe différentes références en matière de pétrole. Les deux références majeures sont le CL (West Texas Intermediate) et le BZ (Brent). Le pétrole brut a mieux résisté à la crise et n’a pas autant diminué que le CL (West Texas Intermediate). Ce contraste entre les deux prix pétroliers s’explique par le fait que le marché s’inquiète de la capacité de stockage aux USA, principale destination du Light Sweet Crude Oil. Le Brent est la référence du prix du pétrole en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Le Brent devrait subir le même sort si les capacités de stockage en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient devaient inquiéter les marchés.

Il est également important de bien comprendre qu’il s’agit ici du prix du future. Chaque future ou contrat à terme a une date d’échéance. Pour le future CL, il y a une échéance d’un future chaque mois. Le future qui clôturait sous la barre de zéro était le contrat de mai. Si nous regardons les performances du contrat de juin, celui-ci clôturait lundi à 20,43 $ et non pas à -37 $ comme le contrat du mois de mai.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Généralement, le volume des échanges se concentre dans le future le plus proche jusqu’à deux jours avant l’échéance or, ce n’était pas le cas pour le pétrole. Le volume du contrat du mois de mai était très bas depuis quelques jours déjà et nous retrouvons déjà ce volume dans le contrat du mois de juin. En d’autres termes, le prix du pétrole négatif n’a pas vraiment d’importance mais il est impossible de se cacher de cet événement historique. Ceci prouve bien que la liquidité est de la plus haute importance quel que soit le produit négocié.

Ce prix du pétrole négatif reflète la fragilité de l’accord OPEC+. L’Arabie saoudite vend son pétrole à l’Asie à des prix défiant toute concurrence et ce, pour le troisième mois consécutif. Ce constat nous laisse penser que l’Arabie saoudite essaie de s’emparer d’une part du marché asiatique au détriment des autres pays producteurs pétroliers. Cette situation a déclenché des remous sur les marchés financiers.

Les conséquences du prix du pétrole au plus bas

Vous vous demandez peut-être quelles sont les conséquences des prix du pétrole au plus bas. Vous l’aurez remarqué, les prix à la pompe baissent aussi, dans le sillage de la chute des cours du pétrole. Certains producteurs de pétrole vont quant à eux rencontrer des difficultés financières, d’autres pourraient bien mettre la clé sous la porte. Ces faillites pourraient se traduire par des cours du pétrole très volatiles. Si quelques grands producteurs devaient faire faillite et disparaître du secteur, alors nous pourrions bien passer d’un excès de l’offre à une pénurie de l’offre. Une chose est sûre, le prix du pétrole devrait être extrêmement volatile au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Lundi, de nombreux investisseurs ont décidé d’assurer leurs arrières en délaissant l’or noir pour se tourner vers une autre matière première. Ce lundi, le gaz naturel (NG) avait en effet le vent en poupe tandis que le cours du pétrole s’effondrait. L’ampleur de la hausse du gaz naturel était supérieure à la normale. Le timing de la hausse du gaz naturel et le timing de la baisse du pétrole semblent confirmer bien que les investisseurs se réfugient vers le gaz naturel.

Une autre conséquence des prix au plus bas est que les finances publiques des pays producteurs de pétrole sont chamboulées. Ces pays devront avoir recours à des réserves financières étrangères pour garder la tête hors de l’eau au cours des prochaines années. Si les réserves s’évaporent trop vite, alors un climat d’instabilité pourrait s’installer à plusieurs niveaux, tant sur le plan économique que politique.

À quand un redressement du prix du pétrole ?

Une pénurie de la réserve mondiale de l’or noir n’est pas pour demain.

Pour pouvoir répondre à la question de savoir à quand s’attendre à un redressement du prix du pétrole, il faut se pencher à la relation entre la demande, l’offre et la formation des prix. Pour faire simple, retenez que :

  • le prix du pétrole augmente lorsque la demande augmente et/ou que l’offre baisse
  • le prix du pétrole baisse lorsque la demande baisse et/ou l’offre augmente

Que disent les prévisions ?

Pour le mois d’avril, selon les estimations, la demande mondiale de pétrole devrait avoir diminué de près de 30 millions de barils par jour. L’accord des pays du groupe OPEP+ visant à réduire l’extraction de pétrole n’entrera en vigueur qu’au mois de mai. Le chiffre d’une réduction de l’offre de 20 millions de barils devrait être atteint si tous les pays respectent leurs engagements. Pour le mois d’avril, l’excès de la production de barils de pétrole s’élève donc à 30 millions de barils par jour.

Supposons que le confinement se prolonge jusqu’à la fin du mois de mai dans le monde entier, alors ces 20 millions de barils de pétrole par jour ne serviront également à rien. En d’autres termes, d’un point de vue fondamental, pour que la situation du prix du pétrole s’améliore, deux scénarios sont possibles. Soit, les pays membres de l’OPEC+ décident de réduire drastiquement la production ou soit, la demande de pétrole repart vers le haut.

Les investisseurs qui pensaient pouvoir acheter du pétrole à prix très bas par le biais d’ETFs ont eu des sueurs froides. La plupart des ETFs qui suivent une matière première, achètent des futures sous-jacents. Un des ETFs exposés au pétrole les plus connus est l’USO. Pour la première fois de son histoire, l’USO a renoncé au roulement de l’intégralité de ses positions en portefeuille comme c’est le cas chaque mois. Le roulement de position de l’ETF USO est repoussé à des dates d’échéances ultérieures (juin et juillet). Le fait que l’USO ait décidé de choisir des mois d’échéance ultérieurs, laisse présager que le contrat du mois de juin n’est pas à l’abri d’un crash similaire à celui subi par le contrat du mois de mai. La prudence est donc de mise.

Et pourquoi pas un arrêt de la production tout simplement ?

Un arrêt de la production ne résoudra pas tous les problèmes. Le secteur de l’énergie est un secteur intensif en capital et où les coûts sont élevés. Les emprunts colossaux doivent être remboursés mensuellement aux prêteurs. Pensez aussi aux personnel chargé d’assurer la sécurité ainsi que le matériel de sécurité à prévoir pour les plateformes de forage. Ces coûts ne sont pas suspendus même pas en temps de crise sanitaire. C’est ce qui pousse la plupart des producteurs à poursuivre la production dans l’espoir d’une hausse du prix du pétrole.

Analyse technique du prix du pétrole

Afin de procéder à notre analyse technique, nous nous intéressons au future CL qui expire au mois de juin. Veuillez noter que cette analyse technique ne tient pas compte des forces fondamentales sous-jacentes.

Analyse technique prix du pétrole à long terme

Afin d’avoir une image globale de l’évolution du prix du pétrole, nous nous intéressons tout d’abord au long terme. Le graphique ci-dessous est le graphique hebdomadaire. En d’autres termes, une bougie correspond à une semaine. Sur le graphique d’une semaine, en appliquant une analyse des Vagues d’Elliott, nous observons cinq vagues bien précises qui se dirigent vers le bas. Ceci signifie que les bulls (les acheteurs) devraient pénétrer le marché prochainement. Ces cinq vagues devraient être suivies par trois importantes vagues de correction (pull-back). Un objectif logique pour ces acheteurs serait le gap que nous retrouvons aux alentours des 40 $ par baril. Nous avons clairement affaire à une situation de surachat selon l’indicateur RSI. D’un point de vue technique, les perspectives à long terme sont relativement haussières.

Analyse technique prix du pétrole à court terme

Pour procéder à l’analyse technique à court terme, nous nous intéressons au graphique journalier. Le graphique hebdomadaire nous laisse donc présager que la tendance baissière devrait perdre de son intensité et peut-être se retourner. Nous recherchons donc des niveaux où le prix devrait pouvoir trouver un support possible. Nous identifions une potentielle figure ABCD. D se situerait entre les 27 – 61 % des niveaux d’extensions de Fibonacci. Selon notre analyse technique, le prix du pétrole pourrait bien repartir à la hausse à partir de la zone entre les 12 – 17 $.

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Chrislain Tshiamanga

Chrislain Tshiamanga

Expert financier

Chrislain Tshiamanga est spécialiste en finance et investissement chez LYNX BROKER. Lisez ces articles sur le Portail Bourse de LYNX BROKER Ou Twitter.

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